juin 2026

Santé = paix + espoir?

Alors que beaucoup s’inquiètent de l’escalade des conflits aux répercussions mondiales, nos collègues au Cameroun poursuivent sans relâche leur engagement quotidien pour assurer la prise en charge médicale des populations vivant dans des zones reculées. Accompagnez notre collègue de FAIRMED, Njussa Oumarou, sur le terrain et découvrez toute la joie que votre don apporte en redonnant leur dignité à ces personnes.

Les trois districts sanitaires de Malantouen, Yoko et Bankim, situés dans l’ouest du Cameroun, sont coupés du reste du monde par le fleuve Mapé. Njussa Oumarou, collaborateur de FAIRMED, que nous accompagnons sur la route cahoteuse menant à Njipkara, raconte: «Pour se rendre de leurs villages au centre de santé ou à l’hôpital, les habitants de cette région doivent d’abord traverser le fleuve en bateau, puis parcourir de longues distances sur des chemins diffciles.» Afin de surmonter ces obstacles et d’autres encore qui entravent l’accès aux soins de santé pour les habitants de la région, FAIRMED a lancé il y a deux ans, en collaboration avec les autorités sanitaires camerounaises, le projet de santé «Mapé».

Peu d’électricité et d’eau courante

«Le lac de barrage et les nouveaux bras de rivière, créés par la mise en eau de la rivière Mapé dans les années 80, ont un impact sur l’environnement et favorisent la propagation de maladies tropicales négligées, comme la bilharziose, qui peut se transmettre lors d’un bref bain de pieds dans l’eau de la rivière», poursuit Njussa Oumarou. «Les nouveaux bras de rivière aggravent également l’isolement géographique des nombreuses personnes touchées par la pauvreté dans la zone du projet. À cela s’ajoute le fait que les routes sont pratiquement impraticables pendant la saison des pluies, de mai à septembre. De nombreuses personnes hésitent à se rendre au dispensaire ou à l’hôpital. S’ils le font, ils risquent d’aggraver encore davantage leur situation économique à cause des frais de transport», poursuit Njussa Oumarou. «Seuls les villages situés à proximité immédiate du barrage sont alimentés en électricité, et très peu de gens possèdent un téléphone portable. La plupart des dispensaires et l’hôpital du district ne disposent pas non plus d’électricité ni d’eau courante.»

Une canne blanche rend la dignité

Dans le village de Njipkara, nous rencontrons Gladys Ndjapla, qui a perdu la vue. Elle nous raconte: «J’ai perdu bien plus que ma simple vue. J’ai perdu la place que je m’étais forgée dans ce monde de mes propres mains!» «Oui», confirme Njussa Oumarou, collaboratrice de FAIRMED, «Gladys était connue à Njipkara comme une femme d’a¦aires forte et respectée. Mère de quatre enfants, tu gagnais l’argent pour la famille, tu t’occupais du ménage et tu jouais un rôle actif dans la vie communautaire. Les gens te connaissaient comme une femme droite, indépendante et pleine de ressources.» Puis, un jour, la vue de Gladys a commencé à baisser. «Au début, je pensais que ce serait passager», se souvient-elle. «Mais l’obscurité est restée.» Peu à peu, elle a perdu son indépendance. Elle ne pouvait plus se déplacer seule en toute sécurité. Son commerce s’est e¦ondré. Les chemins familiers de son village sont devenus dangereux. Et avec la cécité est venue une chose encore plus douloureuse: l’abandon. Les membres de sa famille se sont éloignés. Les amis ont cessé de rendre visite à Gladys. Même ses enfants, contraints par la pauvreté et les circonstances, ont quitté le village à la recherche d’une vie meilleure.

«Ma vie a pris un nouveau tournant le jour où Njussa Oumarou est venu pour la première fois au village et m’a parlé», raconte Gladys. «J’ai reçu une canne blanche et suivi des cours pour apprendre à m’en servir et à m’orienter. J’ai retrouvé une nouvelle vie: je ne suis plus condamnée à rester assise toute la journée seule à la maison, je peux à nouveau travailler dans les champs, rendre visite à mes voisins et amis et participer aux réunions du village!»

Aujourd’hui, Gladys se promène à nouveau dans son village. Lentement, avec assurance, sa canne blanche tapant le sol devant elle, annonçant à la fois sa présence et sa marche assurée. Gladys s’engage désormais activement au sein d’un groupe local pour les personnes handicapées. «Je souhaite encourager d’autres personnes handicapées à suivre mon exemple et à retrouver leur indépendance et leur autonomie.»

Comme nous l’explique Njussa Oumarou, notre collègue de FAIRMED, la cécité de Gladys aurait pu être évitée si sa maladie avait été détectée et traitée plus tôt: «Je suppose qu’elle sou¦rait du trachome, une maladie tropicale négligée qui provoque une grave inflammation bactérienne de la conjonctive. Si la maladie est traitée à temps avec des antibiotiques, les chances de guérison sont bonnes. Je m’engage pour que les gens ici reconnaissent les symptômes de leurs maladies à un stade précoce, afin qu’ils n’en gardent pas de handicaps permanents.»

«Je veux retourner à l’école» – comment Youssouf lutte contre un ulcère de Buruli

À Koumban, l’enfance est généralement rythmée par les sonneries de l’école, les parties de football et les rires qui résonnent dans les ruelles poussiéreuses. Pour Youssouf Ngouo, âgé de 15 ans, l’enfance a toutefois pris une autre tournure. «Lorsque les premiers signes d’un ulcère de Buruli sont apparus, je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon corps», raconte Youssouf. «Ce qui avait commencé comme une petite lésion s’est peu à peu transformé en une plaie douloureuse. Marcher est devenu di³cile. Me concentrer en classe, impossible.» Lorsque la maladie s’est aggravée, Youssouf a dû quitter l’école en 6année. «Je voulais continuer», dit-il doucement. «Mais la douleur était trop forte.» L’ulcère de Buruli n’a pas seulement attaqué la peau de Youssouf – il lui a aussi volé du temps, une éducation et ses rêves, ajoute Rachida Mboum, collaboratrice de FAIRMED: «Pour Youssouf et sa famille, la maladie de Buruli a été une source de peur et d’incertitude. Les soins médicaux n’étaient pas accessibles, et comme beaucoup de familles, celle de Youssouf a hésité à emmener le garçon chez le médecin, dans l’espoir que la plaie guérisse d’elle-même.» Ce ne fut pas le cas.

    Tout a changé pour Youssouf lorsque Rachida Mboum, collaboratrice de FAIRMED, s’est rendue au village de Koumban et a découvert le garçon. «Nous avons emmené Youssouf au centre de santé de Manguiembou pour qu’il y reçoive des soins médicaux et un suivi.» Aujourd’hui encore, Youssouf se rend au centre de santé, nous l’accompagnons. Rachida déclare: «Le traitement est pénible, mais les progrès sont visibles.» Youssouf reste assis, immobile, tandis que la collaboratrice de FAIRMED nettoie et soigne sa plaie. Dans cette scène, douleur et force se côtoient étroitement. Chaque pansement est un pas en avant. Chaque visite au centre de santé rapproche Youssouf de la guérison. Malgré une anémie chronique et une faiblesse physique, il refuse d’abandonner. D’une voix qui trahit à la fois la sou¦rance et la détermination, il dit: «Même si c’est di³cile, je sais que ce traitement me permettra de guérir de la maladie et de retrouver une vie normale.» Rachida lui tapote l’épaule pour l’encourager: «Tu es fort et tu vas y arriver, Youssouf! Heureusement que la maladie de Buruli a été détectée assez tôt chez toi, tu n’auras donc pas de séquelles, tu pourras retourner à l’école et apprendre un métier plus tard!»

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